François Hollande, cet Homme d’Etat !

En refermant le livre de Lhomme et Davet, on ne pouvait que s’interroger encore sur qui était vraiment François Hollande. Peu de réponses dans cet ouvrage pourtant si épais, peu de vraies confidences… La pudeur est ce qui définit le plus Hollande. Il se préserve ou ne sait pas parler de lui. Naît ainsi une impression de mystère et parle à sa place son allure débonnaire et un peu bonhomme à laquelle trop le réduisent et pour laquelle beaucoup le raillent.

Je faisais partie des rares Français à ne pas être insatisfait de François Hollande et de son action. Bien sûr, il y a eu des erreurs et des fautes. Bien sûr, souvent, j’ai souhaité qu’il aille plus loin, qu’il fasse plus… Etre insatisfait de ses dirigeants politiques, il n’y a certainement rien de plus sain comme exercice démocratique. Comme tout idéal qu’on se fixe, la démocratie pure est définitivement hors de notre portée, seule l’insatisfaction permet de pousser et de se tendre entier vers cet absolu inatteignable.

François Hollande n’est qu’un homme. Bête de le rappeler, niais même mais trop semble l’avoir oublié. Il est fait de chair et de sang. Il s’est construit, a traversé des épreuves et il est secoué par des contradictions. C’est un sac de traits humains qu’on peut qualifier de défauts ou de qualités. Hollande, humain, trop humain alors que nous voulons tous être gouvernés (démocratiquement de plus) par un demi-dieu, monarque et parfait. Ha, toi qui crois que le je gouvernant est un autre ; la tête d’un pays est un homme de cette nation, banal comme un autre. Il est nous et porte la marque de nos excès comme de nos qualités.

AllocutionHier, 1er décembre, il a annoncé sa décision de ne pas se représenter aux Présidentielles et de renoncer à la possibilité d’un second mandat. Il a fait ce que beaucoup d’hommes de pouvoir n’ont jamais fait : rendre le pouvoir.

Ce n’était pas la première de ses décisions qui portent la marque d’un vrai Chef d’Etat. Il n’a peut-être pas le charisme d’un de Gaulle mais il avait été frappé par le poids de son devoir à son arrivée à l’Elysée. Il avait saisi la pleine responsabilité qui pesait sur lui et souvent, il a eu l’occasion d’agir et de montrer qu’il était bien un Homme d’Etat véritable, pleinement digne de sa fonction.

Le voilà qui décide de ne pas se représenter. C’est un signal fort, presque une impulsion pour un réenchantement de la politique et demain il sera populaire comme peu, soudainement réinvesti par l’amour des Français qui auront peut-être compris que Hollande était finalement un bon.

Les cyniques parlent et rappellent sa popularité « sondagière » proche du néant. Il est vrai que seules les batailles qui peuvent être gagnées méritent d’être menées. Qu’aurait réussi l’homme Hollande en campagne pour un nouveau mandat ? Sûrement plus qu’on ne lui promettait, cet homme est bon en campagne : il l’a prouvé en 2012 et je pense qu’il aurait su faire en 2017. Son sort n’aurait pas été celui d’une déroute lors d’une primaire ou d’un naufrage au premier tour de la présidentielle.

Certains y voient un calcul. A nouveau, il ferait mieux de se taire. Calcul ou pas, qu’importe car croire en la politique, croire en son pays, en la démocratie, c’est déjà croire en l’homme. Une décision, une prise de décision est une combinaison de tant de facteurs. C’est un homme qui a parlé, un homme qui s’est engagé avec tout son être et toute sa complexité. Je veux y voir le signe que cet homme a capté son époque, ses attentes et a su voir quand il le fallait la nécessité de passer. Je veux croire que la portée de sa décision.

Il était un homme de Jospin et, certainement, avait-il en tête le naufrage du « Pasteur » en 2002. La division de la Gauche est plus jamais présente et comment espérer réunir ces gauches quand la plupart des candidats aujourd’hui déclarés se sont construits cinq ans durant sur une opposition à Hollande ? Comment pouvait-il espérer voir un Montebourg ou un Hamon se rallier à lui une fois la primaire terminée en cas de victoire ? Comment imaginer un Mélenchon appeler ses troupes à suivre au Hollande dans le cadre d’un deuxième tour d’une présidentielle ?

L’acte Hollande est d’autant plus beau qu’il l’élève et ramène ces ministres, ces enfants gâtés qui ont fini par le trahir, à peu de choses. Lui, l’homme du consensus, l’Homme d’Etat, n’aura pas pu faire plus notamment à cause de ces nombreux ministres, souvent venus dans son gouvernement en politiciens, non en responsables et en visionnaires, et qui auront gâché si souvent les opportunités d’un mandat où la Gauche gouvernait presque sans partage.

Maintenant, c’est à la Gauche de se relancer, plus encore ce sont aux hommes et femmes de Gauche de se reprendre. Le renoncement de Hollande n’appelle-t-il pas à une union ? C’est aussi une salvation pour cette Gauche : elle va pouvoir débattre de ce qu’elle doit être et non pas de ce qu’elle ne doit pas être. On peut espérer que les Primaires de la Gauche soit un moment où chacun essaye de proposer sa vision d’une Gauche de 2016. On échappe certainement à une primaire marquée par le « Hollande bashing », cette facilité à laquelle la Gauche a tant d’années cédé alors qu’elle jouissait du confort du pouvoir.

Il y a eu de l’irresponsabilité à Gauche et au Parti socialiste. Que dire d’Arnaud Montebourg qui aura été ministre en charge de dossiers importants et pourtant aura marqué son action par la multiplication des mesquineries et des critiques envers l‘homme qui l’avait nommé ? Il y a eu un égoïsme de certains et une absence de responsabilité. La Gauche n’aura pas été toujours à la hauteur de la gouvernance et cela explique le rejet de cette génération. Déjà, les têtes tombent, on peut se féliciter de ce retour à la réalité, à ces sanctions politiques.

Espérons que le renouvellement soit en marche. Espérons que la primaire de la Gauche fasse émerger de véritables talents de Gauche : des gens qui ont réfléchi aux valeurs de la Gauche, à ce qu’est la Gauche et qui ont une vraie responsabilisation face au pouvoir ! Hollande n’aura pas été le plus mauvais de son époque mais Hollande, cet homme d’Etat, aura beaucoup essuyé les plâtres de toute sa génération de politiques.

François Hollande, Un président ne devrait pas dire ça…

Beaucoup a été dit à partir du livre de Davet et Lhomme, Un Président ne devrait pas dire ça… Finalement, peu l’ont lu entièrement. D’autant plus que c’est un pavé qui nécessite un certain temps pour être avalé. C’est certainement pourquoi il a été résumé aux lapidaires « bonnes pages » parues quelques jours avant sa parution officielle. C’est le destin des gros livres, tant de pages écrites pour seulement quelques-unes lues.

C’est un livre d’actualité et ceux qui ne se passionnent pas pour la politique y trouveront peu d’intérêt. C’est parfois un peu long. Mais dans ses pages se dessinent un portrait de François Hollande. L’exercice est à prendre avec précaution, c’est un politique qui parle, même si longuement et dans différents cadres, avec des journalistes. Il ne s’agit pas de confidences, ce n’est pas l’homme Hollande qui s’épanche et confie toutes ses misères. Mais quand même, Hollande reste un homme et seuls les cyniques sans espoir verront en ses mots du pur cynisme. On peut observer des émotions, le travail de gouvernant et la construction de l’être Hollande. C’est un livre équilibré donnant à voir un homme fait de qualités et de défauts, un homme imparfait comme chacun.

Il y a de nombreuses critiques que je peux adresser à François Hollande. Il n’était pas le candidat de mon cœur en 2012, d’ailleurs il n’y en avait pas en 2012. Mais j’ai quand même voté pour lui aux deux tours. J’avais eu l’occasion de le voir en meeting, dans ma terre natale alors qu’il était encore dans le jeu des primaires et en bas du tableau. J’avais été surpris par cet homme qui arrive sur scène pose ses notes pour finir par les plier et les mettre dans la poche intérieure de sa veste. Il avait été bon, il m’avait séduit, il était bon orateur et son projet m’avait fait rêver.

François Hollande est le produit de notre époque. Sciencepiste, énarque, grand administrateur public, homme d’appareil… Il a parfaitement suivi le parcours politique qui a été celui de tous nos politiques depuis trente ans. Il a fait la voie royale, la voie dominante. On peut l’en blâmer mais peut-être était-ce déjà réussir que de faire ça pour lui ? Dans l’imaginaire (encore aujourd’hui) de beaucoup de Français, c’est la marque d’une certaine noblesse : on se voit ainsi doter des plus beaux titres de la République. Il est souvent comique de constater que les mêmes gens qui crachent sur les Enarques sont aussi les premiers à faire preuve de déférence face à ces mêmes énarques.

Avoir un parcours, une vie, une expérience… C’est certain que Hollande n’est pas passé par de nombreuses épreuves, il n’a jamais connu le feu comme les politiques de la génération précédente. Mais qui dans sa génération l’a jamais connu ? Encore un reproche que j’aime lui faire mais qui est au fond assez injuste. Il n’a pas connu l’entreprise, la création de valeur, la bataille pour la survie… Il gouverne une économie dont il n’a jamais été l’acteur principal. Encore une fois, il n’est pas un cas isolé dans sa génération.

C’est au fond, le livre le montre bien, un hyper administrateur d’Etat, un super fonctionnaire. Les questions idéologiques, les débats idéologiques même il en est assez loin. Finalement, il est parti à gauche par réaction à son père, cet homme conservateur et très droitier. Il n’est certainement pas pour autant dénué de valeurs, de colonne vertébrale idéologique mais sa matrice n’a pas été forgée lors de grands évènements, il n’a pas été … Un super fonctionnaire est rarement très politique mais à défaut, Hollande est très politicien. Il connaît l’histoire politique, le jeu des manœuvres et des partis. Il sait l’importance des équilibres, ne jure que par le poids politique de chacun…

Le consensus est une bonne chose, du moins elle s’inscrit dans la démocratie et son esprit. Mais le consensus nécessite un esprit démocratique partagée, la croyance en l’autre et le respect de l’autre. Des vertus finalement peu partagées à gauche et à droite…

Le problème est que notre époque rejette ces hommes. A peine élu, nous sommes retournés à nos sentiments premiers face à Hollande : le rejet. Il ne correspond plus à nos attentes, comme toute sa génération. Il a été élu et le rejet du système est revenu, d’autant plus qu’il est parmi les plus talentueux de sa génération, un des plus talentueux pour faire la politique comme cette génération sait le faire.

On lui fait payer l’addition pour tout le monde. Le pays ne se retrouve pas dans ses politiques mais Hollande, premier d’entre eux, a été le plus exposé et le plus rejeté. Ses erreurs de communication ne l’ont pas non plus aidé, non plus une certaine malchance.

Il aura été malgré tout un assez bon Président. Son bilan est correct, simplement il ne parle pas pour lui. Le Président Hollande n’a pas su communiquer dessus, perpétuellement parasité par des non-évènements. L’impression immédiate du quinquennat Hollande est une succession de crises politiques provoqués par d’embarrassants ministres, d’errements personnels et d’erreurs de communication. Autant de choses qui n’auront aucune aspérité dans l’histoire. Déjà, une fois le quinquennat terminé, on verra apparaître plus clairement le bilan du Président Hollande avec plus de justesse. Nous sommes dans l’immédiat et c’est ce qui est le plus immédiat qui nous frappe.

A quelques semaines de l’annonce de sa décision, Hollande a encore toutes les cartes en main. Il ne faut pas donner mort un tel animal politique. Il est déjà revenu de tout en bas et aujourd’hui, sa position est au moins stratégiquement plus intéressante qu’il y a six ans où il n’était plus personne, était moqué et alors qu’il devait gagner une primaire. Malgré tout, c’est difficile de penser qu’il peut être celui qui va reconstruire la Gauche. Trop se sont éloignés de lui et ces éloignements ont été de véritables fractures. Aussi peu constant que soit un Montebourg, on l’imagine mal se joindre in fine au candidat choisi Hollande.

En 2013, un an après la défaite de Nicolas Sarkozy, quelqu’un m’expliquait très sérieusement que Sarkozy ferait un retour triomphal en 2017 et qu’il serait alors élu une première puis une deuxième fois en 2022. Une possibilité puisque la constitution n‘interdit que deux mandats successifs. Cet homme promettait alors un destin exceptionnel à Sarkozy. Comique aujourd’hui que Nicolas Sarkozy a été à nouveau sorti de la sphère publique après sa défaite aux primaires. Mais l’homme a le mérite de faire naître de grandes passions chez ses militants. Peut-être Hollande devrait renoncer à 2017, faire preuve d’une humilité peu commune chez les hommes de pouvoir de notre époque et faire le choix de revenir cinq ans plus tard quand il aura commencé à être réhabilité, lui et son action. Alors peut-être il sera l’homme de la situation, celui qui peut rassembler la Gauche.

Ou peut-être d’ici-là, la page de sa génération aura été définitivement été tournée et la politique française sera dans une nouvelle phase, ce qui plus encore souhaitable.

François Fillon, un coup manqué ?

La Primaire de la Droit et du Centre, est-elle vraiment un succès? A défaut de savoir vraiment, il ne faut pas exagérer ce succès : ceux qui ont voté massivement ont été les CSP+ et les retraités. Ce moment n’a séduit que ceux déjà politisés et cet exercice de démocratie n’a pas attrapé ceux qui justement aujourd’hui se détournent de cette dernière.

La France des déclassés, le monde ouvrier, les classes modestes, ceux qui vivent le plus dans leur quotidien les changements actuels et l’évolution de la France, ils ne se sont pas retrouvés dans la primaire, dans ses candidats. L’échec est total sur ce point, leur faible participation en témoigne.

De plus, Fillon a un programme éminemment libéral et conservateur. Il promet la destruction complète du modèle même que ceux qui se sentent aujourd’hui déclassés veulent voir préservés. Il y a une incompréhension entre ces électeurs qui sont une majorité et le candidat désigné par la Droite.

N’est-ce pas là la limite des primaires ? Un exercice accessoire de la démocratie qui n’arrive à mobiliser que les plus politisés des citoyens ? On vient à laisser aux plus aisés, aux classes dominantes de la société une pré-sélection pour la présidentielle ? Le candidat le mieux placé pour la présidentielle, celui qui finalement rassemble le plus et porte le vrai programme du moment n’a-t-il pas été éliminé au profit d’un candidat plus séduisant aux yeux des « installés », ces retraités et surtout CSP+ ?

Fillon ne veut pas atténuer son programme, il veut être le candidat de la vérité. Celui qui n’a pas peur de la rue et des changements. Ses réformes peuvent séduire un électorat classique de la droite : ces aisés des villes moyennes de France, ces cadres et indépendants qui jouissent d’un confort certain, ces retraités dont les rentes leur permettent d’envisager la vie avec sérénité… Mais il n’y a rien de transcendant pour les autres. Ce n’est pas la facture sociale de Chirac ! Ce n’est pas le Travailler plus pour gagner plus de Sarkozy ! Le programme de Fillon, c’est une proposition de suicide pour ces déclassés actuels.

D’autant que la personnalité de Fillon n’est pas un de ses atouts. Il est terne, n’est pas lyrique et peu mobilisateur. Le programme Fillon va dominer le candidat Fillon et parlera pour lui auprès des Français. On peut donc que douter sur la capacité de Fillon à mobiliser au-delà des votants de la primaire de la droite et on peut plus que douter de sa victoire in fine en 2017.

On présente beaucoup Fillon comme le candidat inattendu, celui que Marine Le Pen n’a pas venu venir. Mais est-il pour autant un meilleur candidat face au FN que Nicolas Sarkozy ou Juppé ? Tous trois sont dans le système politique français depuis des décennies et au contraire des deux autres, Fillon semble incarné tous les reproches si souvent adressés à l’Union Européenne ! Alors, Fillon n’est pas un coup porté au FN, au contraire, c’est le cadeau attendu : la droite sans cœur. Il n’y a pas de Gaullisme chez lui. Il n’a pas la stature de De Gaulle et encore moins les idées étatistes. Il n’a que la conception souverainiste de De Gaulle.

Ces primaires de la Droite et du Centre donne toutes leurs chances à la Gauche. C’est elle la vraie gagnante des primaires de la droite. On l’a dit détruite, divisée, anéantie après cinq ans de gouvernance Hollande. Les mois prochains vont lui permettre de se reconstruire, de se reconstituer. Les primaires de la Gauche verront sortir un candidat renforcé, bénéficiant d’une vraie dynamique. Il ne faut pas laisser pour morte la Gauche, au contraire. Elle a maintenant toutes les cartes à jouer et il faudra voir si elle parvient à jouer juste et à saisir la réalité du pays et des attentes de tous les électeurs.